Le geste d’une donatrice guidée par la reconnaissance.
Lorsque Pierrette Paquin franchit les portes de l’Hôpital, ce n’est pas un lieu comme les autres qu’elle retrouve. Elle connaît ces couloirs par cœur. C’est un endroit habité par des années de lutte, d’incertitude… et d’humanité. Pourtant, ce matin-là, quelque chose la traverse. «Venir ici, ça m’a fait un petit quelque chose.» Elle s’assoit, raconte et se souvient. Parler de Claude, c’est encore être avec lui.
«Chaque fois qu’on ressortait d’ici, on était rassurés», dit-elle doucement. «On savait qu’il avait été bien soigné.»
Pierrette et Claude formaient un duo indissociable. «On n’avait pas besoin d’amis… on était bien ensemble.» Elle porte précieusement autour du cou, un pendentif en forme de cœur. À l’intérieur, une photo de leur mariage… et une partie de ses cendres. «Il est toujours avec moi.»
Claude, ancien secouriste au CN, était reconnu pour sa bonté et son calme. «C’était un bon gars. Jamais impatient. Il ne se plaignait jamais.» Même à travers la maladie, il gardait cette force tranquille. Cette résilience qui impressionnait tous ceux qui le côtoyaient.
Aujourd’hui, à 80 ans, elle pose un geste fort, réfléchi et profondément humain. Elle fait un don testamentaire en l’honneur de son mari, Claude Paquin, décédé le 11 janvier 2025, après 56 ans de mariage.
Elle choisit de donner pour remercier. Pendant près de vingt ans, Claude a été soigné pour plusieurs cancers et autres conditions médicales. Des passages fréquents à l’Hôpital. Des traitements exigeants. Des moments d’appréhension. Mais la qualité des soins est toujours là. À l’Hôpital Charles Le Moyne, il était connu de tous. «Le personnel le connaissait, prenait le temps.»
Pour Pierrette, ce dévouement a marqué leur vie. Bien au-delà des soins médicaux, elle retient la chaleur, l’attention et la dignité. Déjà de son vivant, le couple portait ce sentiment de reconnaissance. Chaque année, ils faisaient des dons à la Fondation de l’Hôpital.
Au décès de Claude, cette volonté est devenue un engagement. Claude le disait simplement : «Ça va aller à l’Hôpital qui a pris soin de moi.»
Pierrette a pris le temps de faire les choses avec soin et avec son cœur. Elle a rédigé son testament et a choisi d’y inclure un don significatif à la Fondation Hôpital Charles-LeMoyne.
Sous forme d’une assurance-vie ainsi qu’un pourcentage de sa succession. Elle souhaite même que ce don soit irrévocable. Un geste ferme et assumé, à la hauteur de la gratitude qu’elle ressent.
Elle a consacré sa vie à son mari, à leur quotidien, à prendre soin. «On n’a pas eu d’enfants. Mais on a eu une belle vie.» Pour Pierrette, ce geste prolonge l’amour.
C’est important pour moi que ce soit clair. Je veux que ça revienne à l’Hôpital. C’est en reconnaissance des bons soins que Claude a reçus ici de tout le personnel. Je sais qu’il dit merci d’où il est.
C’est chez lui que Claude a terminé sa vie, entouré de soins palliatifs pendant quinze semaines. Pierrette avait un souhait clair : «Je voulais qu’il soit ici, dans notre maison.»
Aujourd’hui, elle choisit de redonner autrement. Pour que d’autres puissent, eux aussi, bénéficier de ces soins qui ont tant compté.
Son don est tourné vers l’avenir. Pour améliorer, faciliter et humaniser encore davantage les soins pour les générations futures.
«Il manque un TEP Scan ici. Il a fallu en passer trois ailleurs. Ça n’a pas de bon sens. Claude a déjà dû conduire jusqu’à Sherbrooke dans une tempête de neige pour un examen.»
Depuis le départ de Claude, le quotidien est différent. Pierrette avance à sa manière. Avec prudence, mais aussi avec une vitalité étonnante et son sourire taquin. Pierrette parle de Claude comme si leur histoire continuait autrement. «Je referais tout pareil.» Dans ses mots, dans ses gestes, dans ce don qu’elle prépare, leur amour reste vivant.